De l’efficacité (énergétique) d’être végé

Vous vous souvenez de mon délicieux époux, l’inventeur – malgré lui – d’une surprenante tartinade aux haricots blancs et persil (ici) ? Eh bien le voilà maintenant qui veut s’exprimer directement sur le blog ! Merci à lui…

Les végéta*iens mériteraient le label HQE ! Haute Qualité Environnementale, comme ces nouveaux bâtiments où tout est fait (du moins en théorie) pour minimiser les pertes de chaleur en hiver et les besoins de climatisation en été, bref pour maximiser l’efficacité énergétique.

pictohqe-jpfr

source de l’image

Et pourquoi cela ? Car être végéta*ien, c’est (aussi) maximiser son efficacité énergétique. Utiliser le produit des moissons pour nourrir des animaux, et ensuite se nourrir de ces animaux (ou de leurs produits dérivés), ce n’est pas le plus court chemin entre le champ et l’estomac (humain). Par contre, se nourrir directement de ce que l’agriculture moissonne évite – entre autres choses – les pertes du passage par la case « animal ». En termes énergétiques (donc de calories), on peut dire que si on donne 100 grammes de calories à un animal, il les utilisera d’abord pour grandir et faire fonctionner son organisme plutôt que pour les stocker bien gentiment en attendant de pouvoir les « restituer » dans notre assiette (- quelle ingratitude !).

Mais combien de ces 100 grammes de calories se retrouvent effectivement dans l’assiette ? C’est à cette question – entre autres – que tente de répondre un article (référence [1] ci-dessous, accessible ici) paru dans Environmental Research Letters. Nous examinerons plus loin la crédibilité de cet article (au vu de l’origine de son financement), mais regardons d’abord les chiffres qu’il nous donne, sous la forme d’un histogramme :image1

On peut voir que l’efficacité de conversion des calories de l’alimentation par le boeuf respecte le critère de Maastricht (3%), mais ce n’est pas le but. Pour 100 grammes de calories donnés au boeuf, seules 3 se retrouvent donc dans un steack. C’est moins mauvais – mais toujours très mauvais – pour le porc (10%) et le poulet (12%). Les « produits dérivés » que sont les oeufs (22%) et les produits laitiers (40%) font mieux, mais même dans ce dernier cas on en est toujours à 60% de pertes. Car bien sûr ici l’efficacité énergétique de l’alimentation directe par les végétaux est de 100%, de quoi refaire un petit histogramme en rajoutant une colonne :image2

Je ne suis « que » végétarien mais alors que le graphique précédent me rendait content de moi,  celui-ci me donne envie de favoriser au moins de temps en temps les alternatives aux oeufs et au fromage… – ne fût-ce que pour encourager leur émergence et leur développement.

L’efficacité de conversion peut aussi se calculer pour les protéines. Voici ce que ça donne :image3

Là aussi près de 60% de pertes dans le meilleur des cas (produits laitiers) et 95% de pertes pour le boeuf. Vous me direz que les protéines de boeufs ne sont pas les mêmes que celles des végétaux – certes – mais puisque les protéines végétales sont largement suffisantes (voir l’article ici issu d’un excellent blog…) et peuvent faire de très bons petits plats, autant essayer d’utiliser celles-là, non ?

Et au fait, à quoi bon être efficace ?

Les auteurs de mon article de référence ont fait le calcul : au niveau mondial, réduire de moitié la consommation de produits animaux permettrait de produire des calories pour 2 milliards d’êtres humains en plus. Et donc la généralisation du végétalisme, pour 4 milliards. La généralisaton du végétarisme (ici suppression des oeufs et du lait – l’article ne prend pas en compte les produits de la mer) produirait des calories pour 815 millions d’humains supplémentaires. Sachant que nous sommes actuellement environ 7.4 milliards (chiffre de 2016), ça fait du monde à convaincre mais aussi une bonne marge de progression.

Bon, mais qui a payé pour établir ces chiffres ?

Pour terminer, comme promis, un point sur la crédibilité de l’article utilisé ici. Ses sources de financement sont citées dans ses remerciements, que voici :

Research support was provided by the Gordon and Betty Moore Foundation and previous funding from NASA’s Interdisciplinary Earth Science program. We thank the University of Minnesota’s Institute on the Environment for general institutional support. This work also benefited from contributions by General Mills, Mosaic, Cargill, Google, PepsiCo, and Kellogg to support stakeholder outreach and public engagement.

L’article remercie donc pour son financement la fondation Gordon and Betty Moore  fondée par l’informaticien Gordon Moore (co-fondateur de la société de micro-processeurs Intel et auteur de la célèbre – enfin pour les informaticiens / ingénieurs parmi vous … – loi de Moore sur le rythme de croissance de la puissance des processeurs) ainsi que la NASA. Pas de conflit d’intérêt a priori avec le sujet de l’article, donc. Par contre on peut avoir un doute sur les « contributeurs » cités plus loin : General Mills et Cargill sont des multinationales de l’alimentation, Mosaic produit des engrais chimiques, et les autres contributeurs, vous les connaissez. Mais, si je comprend bien le texte des remerciements, leurs contributions ont visiblement servi à diffuser l’article et non à le produire. Donc l’article a plu à des multinationales de l’alimentation qui ne sont pas fondamentalement altruistes (et dont le coeur de métier n’est évidemment pas, en l’occurrence, la production de viande ou de produits laitiers…) et ces multinationales ont dès lors ont financé sa diffusion. Mais l’article n’a visiblement pas été produit par leur financement, ce qui aurait mis en doute sa crédibilité. Bref ça a l’air d’aller quand même…

Référence

[1] E. S. Cassidy et al., « Redefining agricultural yields: from tonnes to people nourished per hectare », Environmental Research Letters 8 (2013)

Accès web ici

Une autre vulgarisation de cet article, bien plus complète que la mienne et en anglais, est disponible sur le site « Environment Reports« , sous le titre « Change Your Diet, Change Our Destiny? » ,  et c’est par ce biais-là que j’ai découvert son existence.

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