Faire son lait végétal

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Sur le lait de vache, il y aurait beaucoup à dire. Sur le plan de la santé, tandis que certains continuent à le croire indispensable et à ne pouvoir imaginer qu’un enfant puisse grandir sans ses trois fameuses portions par jour, les études qui dénoncent ses méfaits (et les mensonges de l’industrie laitière par la même occasion) gagnent désormais en visibilité.

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Aglaé et Proserpine.

Pourquoi le(s) nom(s) de ce blog ? Qui sont Aglaé et Proserpine ?

La première – Aglaé – a d’abord été pour moi, il y a bien longtemps, une gentille petite truie, héroïne d’une série animée pour enfants, Aglaé et Sidonie – son amie, Sidonie, étant une oie. Leurs aventures consistaient à échapper aux ruses du renard Croquetou qui, bien évidemment, avait pour seul but de les dévorer…

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Aglaé et Sidonie (et Croquetou…)

L’histoire n’a rien d’original; elle est typique des récits pour enfants à qui on lit / fait voir  à longueur de temps des histoires d’animaux malins et attachants – par exemple, jolie poule rousse ou trois petits cochons –  qui échappent à leurs vilains prédateurs – toujours le renard ou le grand méchant loup, bien sûr -, tandis que ces mêmes enfants sont grondés s’ils ne finissent pas leur blanc de poulet ou leur tranche de jambon. « Mange ton lapin » – ai-je déjà entendu dire à un enfant, à qui l’on venait de raconter, précisément, une histoire de petit lapin terrorisé à l’idée d’être mangé par le loup. C’est ainsi que j’ai moi-même été élevée et nourrie, comme mes proches et mes amis: il ne s’agit donc pas de juger les jeunes parents, soucieux avant tout de (ce qu’ils pensent être) l’équilibre nutritionnel de leur progéniture. Reste que je m’étonne de cette contradiction entre l’imaginaire construit par ces fictions, tout entier fondé sur l’empathie de l’enfant pour ces animaux dont il se sent proche et auxquels il s’identifie, et un comportement par rapport à ces mêmes animaux qui implique que soit profondément niée cette empathie…

A l’époque, cependant, plus que l’histoire, ce qui me plaisait était la sonorité étonnante de ces deux prénoms associés, leur alliance un peu incongrue – entre l’un qui m’était parfaitement inconnu, plein de mystère, et l’autre un peu ancien, un peu rétro… C’est ce souvenir ‘sonore’ qu’évoque le nom de ce blog.

Mais entre temps, j’ai étudié les lettres et aussi le grec ancien : Aglaé, ce prénom étrange dont était affublée notre petite truie, est aussi le nom d’une trois Grâces – ou, pour le dire en grec, des Charites.

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Botticelli, Le Printemps (détail)

Les Grâces, ou les Charites, sont représentées formant une ronde et se tenant par la main, parce qu’elles symbolisent ce qui nous relie les uns aux autres : les dons gracieux que l’on se fait et la reconnaissance que l’on nous offre en retour, quand on nous rend ‘grâce’ de nos belles actions. Elles incarnent (bien avant le Christianisme) la grâce et la charité, et figurent, par leur danse et leurs mains entrelacées, l’idée du lien qui peut nous unir, dans une générosité réciproque et joyeuse (joyeuse parce qu’elles sont associées aux activités les plus agréables de la vie humaine: l’amour, le banquet, la poésie et les jeux…). Tenter de ne plus se nourrir de la souffrance animale, c’est remettre de la grâce dans son existence: c’est épargner les plus faibles et être récompensé des mille gratifications qu’apporte le lien renoué avec des espèces si proches de nous (au point que nous en fassions les héros de nos contes pour enfants, donc…) et dès lors aussi, et surtout peut-être, avec nous-mêmes. De la petite truie de l’histoire enfantine à la grâce personnifiée, Aglaé est le nom que j’ai voulu donner à la résolution de ne plus manger les animaux.

Sur ce blog, elle partage l’affiche avec Proserpine – du nom de la fille de la déesse romaine de l’agriculture et des moissons, enlevée par Pluton, le dieu des Enfers, au désespoir de sa mère. Un accord est alors passé entre ces derniers : Proserpine passera la moitié de l’année aux Enfers chez son époux, et l’autre moitié – le printemps et l’été – sur terre, où elle rejoint sa mère qui en retrouve sa joie de vivre. C’est alors le retour des moissons, de la culture, des récoltes.  Proserpine est donc celle qui ramène avec elle le plaisir renouvelé des céréales, des fruits et des légumes, des produits nés de la générosité de la terre et du travail humain.

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Aglaé et Proserpine, c’est un peu tout ça, donc: le refus de manger des animaux, l’aspiration à une cohérence retrouvée, qui renoue avec une forme de grâce comme principe de vie, et la fête d’une nourriture végétale, nutritive et joyeuse.

Mais tout cela est personnel, assurément. Ces sentiments, ces convictions que je veux nommer ainsi, par ces prénoms qui mêlent en moi des échos d’enfance et des fragments de nos humanités, ils me sont propres, et il ne s’agit pas de les imposer à qui que ce soit. Quel que soit son nom, si ce blog peut – très très modestement – contribuer à éveiller quelques doutes ou conforter quelques décisions naissantes, alors c’est là l’essentiel.